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05 Mai. 2022
© Yann Cabello

Édito du directeur

Soyons fous !

L’opéra, un art raisonnable ?

Il est curieux de constater combien de comportements marginaux voire anticonformistes traversent le monde de l’opéra, combien de passions, d’obsessions et d’extravagances l’animent. Nos héros, ces femmes et ces hommes bravant les normes sociales, perdent bien souvent toute sagesse et prudence afin d’assumer pleinement leur destin. Est-ce à dire que la vie serait faite de démesure, ou du moins, qu’elle ne serait supportable qu’enrichie d’une certaine dose de déraison voire de folie ?

À vous de juger, mais la réponse ne niche-t-elle pas dans la question ?

La scène lyrique, lieu privilégié de l’artifice, nous offre des vies « reconstruites » dans toutes leurs dimensions, et la raison n’y tient qu’une place réduite, tandis que toutes les folies semblent possibles. N’est-ce pas pour cela que notre âme d’enfant nous précipite depuis quatre siècles à l’opéra ?

Ainsi, de Così fan tutte à La Traviata, de Turandot aux Aventures du Baron de Münchhausen, d’une Isola Disabitata aux rêves du génial Léonard de Vinci, du romantisme échevelé d’un Schubert superbement servi par Sandrine Piau aux passions baroques portées par Karine Deshayes, Sébastien d’Hérin ou Christina Pluhar, abandonnant toute sagesse, vous vibrerez à une multitude de vies tragiques ou comiques, faisant appel au besoin de transgression présent en chacun de nous.

On a appelé l’entre-deux guerres, les Années folles, et Un Music-Hall burlesque illustrera cette période fin décembre 2022. Il n’est pas programmé là par hasard.

Nos années 20 ne seraient-elles pas aussi nos Années Folles ? Espérons qu’elles n’engendrent pas, comme au siècle passé, la pire barbarie.

Je dédie cette programmation au peuple ukrainien.

Pierre THIRION-VALLET
Directeur de Clermont Auvergne Opéra

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